Métiers

Métiers des industries de santé humaine et animale : ce qui change, ce qui émerge, ce qui recule

Publié le 14 septembre 2026
Etude des évolutions métiers au sein des industries de santé humaine et animale
  • Environ 1 500 entreprises, 34 000 à 40 000 salariés, une convention collective — l’IDCC 1555, fabrication et commerce des produits à usage pharmaceutique, parapharmaceutique et vétérinaire — et quatre segments : le diagnostic in vitro humain et vétérinaire, le médicament vétérinaire, la distribution de produits à usage vétérinaire, et les TPE-PME de la chaîne pharmaceutique (façonnage, conditionnement à façon, sous-traitance, commerce de gros). Plus de 98 % de ces entreprises sont des TPE-PME. C’est cette réalité, et non celle des grands groupes du médicament humain, que recouvrent les métiers des industries de santé humaine et animale.

    Et ces métiers bougent. Pas à la marge : en profondeur. L’Observatoire des métiers des industries de santé humaine et animale (MISHA) a mandaté le cabinet Arthur Hunt Consulting pour conduire une étude de fond sur ces évolutions. Le rapport, structuré autour de trois objectifs — comprendre les transformations, anticiper les besoins en compétences, outiller les entreprises — livre un diagnostic dense. La majorité des métiers de la branche sont en transformation. Certains émergent sous l’effet de la donnée et du numérique. D’autres, centrés sur l’exécution manuelle ou la conformité passive, perdent du terrain.

    Cet article synthétise ce que l’étude révèle sur les métiers de la branche et ses enseignements majeurs. Les articles suivants de cette série approfondissent chaque famille métier, les données de recrutement et les recommandations pour l’avenir.

  • À retenir

    • La branche compte environ 1 500 entreprises et 34 000 à 40 000 salariés, dont plus de 98 % de TPE-PME, réparties en quatre segments : diagnostic in vitro, médicament vétérinaire, distribution vétérinaire et TPE-PME de la chaîne pharmaceutique. Le médicament à usage humain n’en est pas le cœur.
    • Trois forces traversent toutes les familles métiers : l’IA et la donnée, le durcissement réglementaire (IVDR pour le diagnostic, règlement (UE) 2019/6 pour le vétérinaire) et les tensions sur les compétences.
    • Le technicien de production est le poste le plus tendu : 62 jours de durée médiane de publication contre 49 jours tous secteurs. Le responsable projets R&D concentre le plus d’offres, avec 2 952 CDI estimés en 2025 (modélisation sur un panel de 50 entreprises représentatives).
    • La plupart des métiers se transforment plutôt qu’ils ne disparaissent. L’étude propose deux scénarios, contraint et volontariste, pour montrer que la trajectoire dépend des choix des entreprises.
  • Ce que l’étude analyse — et comment

    Le périmètre est celui de la convention collective IDCC 1555. Concrètement, quatre segments, chacun porté par une organisation professionnelle : le diagnostic in vitro humain et vétérinaire — réactifs, produits et matériels associés (SIDIV) ; le médicament vétérinaire — R&D, fabrication, contrôle (SIMV) ; la distribution de produits à usage vétérinaire — médicaments, hygiène, nutrition, matériels, réactifs (ANSVADM) ; et les TPE-PME de la chaîne pharmaceutique — façonnage et conditionnement à façon, sous-traitance de R&D et de contrôle, commerce de gros, droguerie, matières premières, herboristerie (FACOPHAR Santé). Trois régions, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, regroupent 54 % des établissements.

    Un point mérite d’être posé clairement : le médicament à usage humain n’est pas le cœur de la branche. Le champ conventionnel exclut la fabrication exclusive des spécialités pharmaceutiques à usage humain. Les entreprises de la branche qui touchent à ce marché le font comme façonniers, sous-traitants ou grossistes, sous le contrôle de l’ANSM et des bonnes pratiques de fabrication et de distribution. L’étude consacre un focus au médicament humain, aux côtés de ceux consacrés au diagnostic in vitro et au médicament vétérinaire, parce que ces TPE-PME travaillent dans son sillage — pas parce qu’il décrit l’activité principale de la branche.

    La méthodologie combine plusieurs approches : analyse documentaire, 27 entretiens qualitatifs avec des professionnels des quatre segments, deux tables rondes et cinq ateliers, modélisation des offres d’emploi à partir d’un panel de 50 entreprises représentatives de la branche, et cartographie prospective des métiers. Le résultat couvre six familles métiers : Recherche & Développement, Commercialisation, Production, Qualité & Réglementaire, Fonctions Supports, ainsi que trois focus sectoriels (diagnostic in vitro, médicament humain, médicament vétérinaire). L’analyse est transversale santé humaine et animale, dans une logique One Health.

    Pour chaque famille, l’étude identifie les facteurs d’évolution, classe les métiers selon trois dynamiques (émergent, en transformation, en repli) et dessine deux scénarios prospectifs — l’un volontariste, l’autre contraint.

  • Les forces qui redessinent le paysage

    Trois facteurs structurants traversent toutes les familles métiers sans exception.

    La digitalisation et l’intelligence artificielle

    L’IA ne supprime pas les postes dans la branche — elle en modifie le contenu. Un technicien de production en 2025 ne fait plus les mêmes gestes qu’en 2015. Dans un atelier de bioproduction vétérinaire comme sur une ligne de conditionnement de réactifs, il pilote des équipements automatisés, lit des indicateurs numériques, remonte des données de lots via des systèmes de gestion intégrés. Le responsable marketing d’un fabricant de réactifs de diagnostic ne distribue plus de brochures aux laboratoires : il analyse des données de marché, mesure la performance de ses campagnes et dialogue avec des acheteurs hospitaliers qui disposent eux-mêmes d’outils d’aide à la décision.

    Ce constat vaut aussi pour des fonctions qu’on n’associe pas spontanément au numérique. Chez un distributeur vétérinaire, l’administration des ventes, historiquement centrée sur la saisie de commandes et la facturation, se transforme sous l’effet des ERP et des CRM. Les achats industriels intègrent des outils de gestion des risques fournisseurs. La qualité et le réglementaire migrent vers des systèmes documentaires électroniques.

    L’étude identifie l’IA et la data comme les facteurs de transformation les plus transversaux de la branche. Dans le diagnostic in vitro, l’IA se déploie dans les outils d’aide à l’interprétation, les solutions digitales associées aux tests et la maintenance prédictive. Dans le médicament vétérinaire, elle s’installe de la modélisation des protocoles de R&D jusqu’aux outils de prévision et de pilotage. Ce n’est pas une projection à dix ans — c’est un mouvement déjà en cours, dont les effets se lisent dans la structure même des offres d’emploi.

    Le durcissement réglementaire

    Les industries de santé humaine et animale opèrent dans un cadre réglementaire qui se complexifie année après année. Pour le diagnostic in vitro, le règlement européen IVDR (UE) 2017/746 est devenu le principal facteur structurant : documentation technique, traçabilité, surveillance post-marché, marquage CE via des organismes notifiés. Pour le médicament vétérinaire, le règlement (UE) 2019/6 renforce massivement les exigences de pharmacovigilance, de traçabilité et de conformité des conditionnements, sous le contrôle de l’ANMV, au sein de l’ANSES. S’y ajoutent l’intégrité des données, les obligations de vigilance sanitaire et l’intégration des critères RSE dans le reporting. Le volume de contraintes normatives augmente plus vite que les effectifs chargés de les gérer.

    Pour les équipes qualité et réglementaire, cela se traduit par un élargissement continu du périmètre d’intervention. Dans une PME du diagnostic, un chargé d’affaires réglementaires ne traite plus seulement les dossiers de marquage CE. Il doit comprendre les enjeux numériques (logiciels associés aux tests, données de santé), les problématiques d’IA réglementée et les obligations de durabilité.

    Ce durcissement a un effet indirect sur toutes les autres familles métiers : les contraintes réglementaires irriguent la production (BPF, traçabilité), la R&D (essais, propriété intellectuelle), la commercialisation (encadrement de la promotion) et les fonctions supports (RGPD, compliance).

    Les tensions sur les compétences

    Le troisième facteur est quantifiable. Certains métiers techniques affichent des durées de publication d’offres nettement supérieures à la moyenne nationale, signe d’un marché de l’emploi tendu. Les chiffres qui suivent sont des estimations issues d’une modélisation sur un panel de 50 entreprises représentatives de la branche des industries de santé humaine et animale.

    Le cas le plus marquant est celui du technicien de production : 62 jours de durée médiane de publication, contre 49 jours en moyenne tous secteurs confondus. Soit 13 jours de plus — un écart qui traduit une difficulté structurelle à recruter. Le responsable affaires réglementaires affiche 47 jours contre 40 jours de moyenne nationale. À l’inverse, le responsable projets R&D (33 jours) ou le responsable grands comptes (33 jours) se recrutent plus vite que la moyenne, signe d’un marché actif mais fluide.

    Les focus sectoriels précisent ces tensions. Dans le médicament vétérinaire, les difficultés persistantes portent sur les techniciens de bioproduction, les techniciens de maintenance et les pharmaciens responsables. Dans le diagnostic in vitro, c’est la pénurie de profils qualité et réglementaires qui domine, alimentée par la concurrence de l’ensemble des industries de santé pour ces mêmes compétences. La géographie de l’emploi reste très polarisée — Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Centre-Val de Loire pour la production, Pays de la Loire pour le vétérinaire.

  • Six familles de métiers des industries de santé humaine et animale

    L’étude organise les métiers de la branche en six grandes familles. Chacune suit une trajectoire propre, avec des métiers qui montent, d’autres qui se transforment et quelques-uns qui reculent.

    Recherche & Développement

    La R&D reste le moteur d’innovation de la branche, mais son fonctionnement interne évolue fortement. Les approches data-driven gagnent du terrain sur la recherche empirique traditionnelle. L’IA accélère la modélisation moléculaire, le criblage de candidats-médicaments, la formulation. Les biotechnologies complexifient les procédés. Dans le vétérinaire, la R&D interne classique se réduit au profit de partenariats avec des biotechs et de l’incubation de start-up, sur les vaccins, la prévention et les biothérapies ; des technologies issues de la santé humaine — anticorps monoclonaux, biothérapies — sont progressivement transposées vers l’animal.

    Le profil du responsable projets R&D illustre cette évolution : le poste exige désormais autant de compétences en gestion de projet, en coordination d’acteurs multiples et en management qu’en expertise scientifique pure. Avec 2 952 offres de CDI estimées en 2025, c’est l’un des métiers les plus recherchés de la branche. Le niveau de formation demandé est élevé — 57 % des offres exigent un Bac+5.

    Les métiers émergents dans cette famille sont liés à la data : data scientists, bio-informaticiens, spécialistes en IA appliquée à la santé. Les métiers en repli sont ceux centrés sur la documentation et le traitement de données manuels.

    → Lire l’article complet : R&D et innovation dans les industries de santé humaine et animale : des laboratoires aux algorithmes

    Commercialisation

    La fonction commerciale traverse une mutation de fond. Le modèle historique — un délégué vétérinaire visite des vétérinaires praticiens et des éleveurs pour présenter un produit — est remis en question par la concentration des cliniques vétérinaires en groupes et groupements d’achat, par la centralisation des achats hospitaliers dans le diagnostic in vitro, par la professionnalisation des acheteurs et par la pression sur les marges.

    L’étude distingue quatre sous-familles (administration des ventes, marketing, support technique/SAV, vente/information/formation) et montre que chacune suit sa propre trajectoire. Le marketing évolue vers une fonction de pilotage data-driven. Le support technique devient un levier de différenciation : dans le diagnostic in vitro, la vente s’enrichit de services — formation des équipes de laboratoire, accompagnement, aide à l’organisation — qui pèsent désormais autant que la performance analytique du produit. La vente terrain se repositionne vers la gestion de comptes complexes.

    Le responsable grands comptes, avec 1 006 offres CDI estimées en 2025, incarne le profil commercial d’avenir : négociation stratégique, démonstration de valeur économique, gestion d’écosystèmes clients. Le délégué vétérinaire (584 offres, Bac+2 dominant) reste un poste actif mais plus spécialisé, recruté surtout en Pays de la Loire et en Île-de-France.

    → Lire l’article complet : Commercialisation dans les industries de santé humaine et animale : de la vente produit à la création de valeur

    Production

    La production de la branche — vaccins et médicaments vétérinaires, réactifs et automates de diagnostic, façonnage de formes pharmaceutiques pour le compte de tiers — est un pilier de souveraineté sanitaire. L’étude le dit sans détour : sans production fiable, rien n’arrive au patient, ni à l’animal. Mais ce pilier se transforme sous l’effet de l’automatisation des lignes, de la complexification des produits biologiques et des tensions persistantes sur les compétences techniques.

    Les cinq sous-familles (achats industriels, développement industriel, logistique/supply chain, fabrication/conditionnement, maintenance) évoluent toutes vers plus de technicité et moins d’exécution manuelle. Dans un atelier de bioproduction vétérinaire, le conducteur d’équipement automatisé remplace progressivement l’opérateur manuel ; chez un fabricant de réactifs, certaines chaînes deviennent entièrement robotisées. La maintenance passe du correctif au prédictif.

    Le responsable supply chain (779 offres CDI, Bac+5 dans 50 % des cas) et le technicien de production (487 offres, 62 jours de durée médiane — le poste le plus tendu de toute l’étude) concentrent les besoins les plus aigus.

    → Lire l’article complet : Production dans les industries de santé humaine et animale : quand l’usine devient laboratoire high-tech

    Qualité & Réglementaire

    C’est la famille qui absorbe le plus directement le poids croissant de la réglementation. L’étude l’organise en quatre sous-familles : management et assurance qualité, contrôle qualité, HSE, affaires et qualité réglementaires. Chez un fabricant de réactifs, l’IVDR impose une spécialisation croissante de ces fonctions, sans création immédiate de valeur commerciale. Dans un laboratoire vétérinaire, le règlement (UE) 2019/6 fait monter la qualité et les affaires réglementaires au rang de fonctions stratégiques — y compris dans les PME, où elles restaient jusque-là des fonctions de support.

    Le mouvement de fond est le même partout : les métiers se repositionnent depuis une posture de conformité documentaire vers un rôle de conseil stratégique, d’analyse de risques et d’accompagnement transverse des projets. L’assurance qualité anime les systèmes qualité au lieu de simplement les documenter. Le contrôle qualité monte en technicité analytique. Les affaires réglementaires intègrent les enjeux du numérique et de l’IA.

    Le responsable affaires réglementaires affiche 1 233 offres CDI estimées en 2025, avec une durée médiane de 47 jours — un marché tendu qui s’explique par l’exigence du profil : 53 % des offres demandent un Bac+5, 8 % un Bac+8.

    → Lire l’article complet : Qualité et réglementaire dans les industries de santé humaine et animale : quand la conformité devient un avantage concurrentiel

    Fonctions Supports

    RH, finance, IT, communication, juridique, affaires publiques — les fonctions supports ne sont plus des back-offices passifs. La digitalisation des processus, l’essor de la data et de l’IA, les exigences renforcées de cybersécurité et de conformité RGPD transforment ces métiers en profondeur. Dans une PME du diagnostic ou chez un distributeur vétérinaire, la protection des données de santé et des données clients n’est plus un sujet réservé aux grands groupes.

    La sous-famille informatique est celle qui produit les profils les plus clairement émergents de toute l’étude : data analyst, data scientist, data manager, développeur, ingénieur cybersécurité. Les fonctions RH se repositionnent sur la gestion prévisionnelle des compétences — un rôle central dans une branche où les métiers bougent à cette vitesse et où la RSE devient, dans le vétérinaire notamment, un critère d’attractivité pour les jeunes talents.

    Le clivage est net entre les activités à forte valeur ajoutée (pilotage, expertise, transformation) et les tâches standardisables (administration, traitement transactionnel). Les premières se renforcent, les secondes sont exposées à l’automatisation.

    → Lire l’article complet : Fonctions supports dans les industries de santé humaine et animale : quand le back-office prend le pouvoir

  • Émergents, en transformation, en repli : grille de lecture

    L’étude classe chaque métier dans l’une de ces trois catégories. C’est la colonne vertébrale de l’analyse.

    Métiers émergents — Ce sont des profils nouveaux ou en forte croissance, souvent liés au numérique, à la data, à l’IA ou à de nouvelles exigences réglementaires. Ils n’existaient pas dans les organigrammes il y a dix ans, ou alors sous une forme embryonnaire. Le data scientist R&D, le responsable accès au marché, l’ingénieur d’application qui accompagne les laboratoires clients d’un fabricant de diagnostic, le DPO en juridique sont des exemples documentés par l’étude.

    Métiers en transformation — Le poste existe toujours, mais son contenu change de façon significative. C’est la catégorie la plus peuplée de l’étude, et c’est logique : la plupart des métiers ne disparaissent pas, ils mutent. Le technicien de maintenance passe du correctif au prédictif. Le responsable marketing passe du produit à la donnée. Le chargé d’affaires réglementaires élargit son périmètre au numérique et à l’IA. Le délégué vétérinaire, face à des cliniques regroupées, glisse de la visite individuelle vers la négociation multi-sites.

    Métiers en repli — Ce sont les fonctions dont le volume ou la valeur ajoutée diminue, sous l’effet de l’automatisation, de la standardisation ou de l’évolution du marché. La saisie manuelle en administration des ventes, les contrôles qualité non outillés, la vente standardisée peu différenciée, la maintenance strictement corrective figurent dans cette catégorie. Ces métiers ne disparaissent pas du jour au lendemain, mais leur poids relatif dans les effectifs diminue.

  • Les données recrutement en bref

    Les chiffres ci-dessous sont des estimations issues d’une modélisation sur un panel de 50 entreprises représentatives de la branche des industries de santé humaine et animale (IDCC 1555). Les plus saillants :

    Métier Offres CDI 2025 Durée médiane Tension
    Responsable projets R&D 2 952 33 jours Marché fluide
    Responsable affaires réglementaires 1 233 47 jours Marché tendu
    Responsable grands comptes 1 006 33 jours Marché fluide
    Responsable supply chain 779 33 jours Marché fluide
    Délégué vétérinaire 584 31 jours Marché aligné
    Technicien de production 487 62 jours Marché très tendu

    Deux constats ressortent. D’abord, le volume de recrutement reste élevé sur les postes qualifiés — la branche embauche activement. Ensuite, les tensions sont localisées : elles touchent la production (problème d’attractivité et de vivier, particulièrement sensible en bioproduction vétérinaire) et le réglementaire (profil très spécifique, vivier étroit, disputé entre fabricants de diagnostic et laboratoires vétérinaires).

    La géographie de l’emploi confirme une forte polarisation : l’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes concentrent la majorité des offres, avec des pôles spécialisés en Centre-Val de Loire (production), Pays de la Loire (vétérinaire), Nouvelle-Aquitaine (supply chain) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (production et biotech).

    → Lire l’article complet : Recrutement dans les industries de santé humaine et animale en 2025 : panorama chiffré des tensions, des opportunités et des bassins d’emploi

  • Deux scénarios pour lire l’avenir des métiers

    L’étude ne prédit pas l’avenir. Elle met en regard deux trajectoires à plus de cinq ans, pour rendre visibles les marges de manœuvre : les métiers ne sont pas immuables, leur évolution dépend en bonne part des choix stratégiques, organisationnels et RH des entreprises.

  • Le scénario contraint

    Les organisations subissent les évolutions réglementaires et technologiques. Elles privilégient des réponses défensives de court terme et arbitrent en faveur de la maîtrise des coûts et d’une conformité minimale. Un fabricant de réactifs traite l’IVDR comme une charge à absorber, sans renforcer ses équipes qualité, et voit ses profils réglementaires partir chez des concurrents mieux disposés. Un laboratoire vétérinaire réduit ses délégués terrain face à la concentration des cliniques sans construire les postes de gestion de comptes qui devraient prendre le relais. Les tensions sur les techniciens de production s’installent, les compétences critiques s’érodent, l’attractivité des métiers industriels recule.

    Le scénario volontariste

    Les organisations reconnaissent les transformations comme structurelles. Elles investissent de manière ciblée dans les compétences, les outils et les organisations, et positionnent les métiers comme des leviers de performance et d’innovation. Le même fabricant de réactifs fait de l’accompagnement réglementaire et de la formation des laboratoires un service vendu, qui différencie son offre. Le laboratoire vétérinaire forme ses techniciens à la bioproduction automatisée, ouvre des parcours internes de l’opérateur vers la conduite d’équipements et transforme ses meilleurs délégués en responsables grands comptes. Les fonctions qualité et réglementaire deviennent des expertises reconnues, non des centres de coûts.

  • Ce que l’étude recommande

    Le rapport ne se contente pas de décrire. Il formule des recommandations pour la branche, les entreprises et les salariés.

    À l’échelle de la branche

    Partager les résultats. L’étude a été conçue pour être appropriée par toutes les entreprises du périmètre, quelle que soit leur taille — ce qui compte dans une branche où les TPE-PME représentent 63 % des salariés. La cartographie des métiers, les données de recrutement et les scénarios prospectifs constituent des ressources utilisables directement.

    Mettre à jour les référentiels de formation. Les CQP de la branche — production, bioproduction, maintenance, logistique, vente, dont le délégué à l’information et à la promotion du médicament vétérinaire — doivent intégrer les compétences numériques et data. Les formations initiales doivent évoluer pour préparer les futurs professionnels aux réalités documentées par l’étude.

    Travailler l’attractivité collectivement. Le déficit d’image de certains métiers — production, maintenance — ne peut pas être résolu entreprise par entreprise, encore moins quand l’entreprise compte moins de dix salariés. Il appelle une action de branche, avec des outils de communication partagés, des partenariats avec les établissements de formation et une présence renforcée auprès des jeunes.

    À l’échelle des entreprises

    Anticiper plutôt que subir. Les entreprises qui identifient tôt les métiers en transformation sur leur périmètre peuvent organiser la montée en compétences avant que les tensions ne deviennent critiques. L’étude fournit la grille d’analyse — chaque entreprise peut la décliner à sa situation.

    Investir dans la formation continue. Les compétences numériques, data et IA ne sont plus réservées aux services IT. Elles concernent tous les métiers, du technicien de contrôle qualité d’un façonnier au délégué vétérinaire. Les parcours de formation continue ciblés sur ces compétences sont un investissement, pas un coût.

    Faciliter les mobilités internes. Un opérateur dont les tâches manuelles sont automatisées peut évoluer vers la conduite d’équipements si un parcours de transition existe. Les reconversions internes coûtent moins cher et fonctionnent mieux que les recrutements externes, à condition d’être anticipées.

    → Lire l’article complet : Compétences de demain dans les industries de santé humaine et animale : ce que l’étude MISHA recommande

  • FAQ

    Quelles entreprises composent la branche des industries de santé humaine et animale ?

    La branche correspond à la convention collective IDCC 1555 (fabrication et commerce des produits à usage pharmaceutique, parapharmaceutique et vétérinaire). Elle regroupe environ 1 500 entreprises et 34 000 à 40 000 salariés dans quatre segments : le diagnostic in vitro humain et vétérinaire, le médicament vétérinaire, la distribution de produits à usage vétérinaire et les TPE-PME de la chaîne pharmaceutique (façonnage, conditionnement à façon, sous-traitance, commerce de gros). Plus de 98 % de ces entreprises sont des TPE-PME. La fabrication exclusive de spécialités pharmaceutiques à usage humain est hors de son champ.

    Quels sont les métiers qui recrutent le plus dans les industries de santé humaine et animale en 2025 ?

    Selon l’étude MISHA, les postes avec les volumes d’offres CDI les plus élevés sont le responsable projets R&D (2 952 offres estimées), le responsable affaires réglementaires (1 233 offres), le responsable grands comptes (1 006 offres) et le responsable supply chain (779 offres). Ces estimations sont issues d’une modélisation basée sur un panel de 50 entreprises représentatives de la branche.

    Quels métiers sont en difficulté dans la branche ?

    Les métiers les plus exposés sont ceux centrés sur des tâches manuelles répétitives ou peu outillées : saisie en administration des ventes, contrôles qualité non automatisés, vente standardisée sans différenciation, maintenance strictement corrective. L’étude les classe en repli — leur volume et leur valeur ajoutée diminuent progressivement sous l’effet de l’automatisation et de la standardisation.

    L’intelligence artificielle va-t-elle supprimer des emplois dans les industries de santé humaine et animale ?

    L’étude MISHA montre que l’IA transforme les métiers plus qu’elle ne les supprime. Elle modifie le contenu des postes (plus de pilotage de systèmes, moins d’exécution manuelle) et fait émerger de nouveaux profils (data scientists, bio-informaticiens, spécialistes IA). La majorité des métiers de la branche sont classés en transformation, pas en repli. Le risque identifié est ailleurs : une perte d’expertise humaine si l’IA est déployée sans pilotage métier. Les entreprises qui investissent dans la formation de leurs équipes seront les mieux positionnées.

    Qu’est-ce que l’Observatoire MISHA ?

    L’Observatoire des métiers des industries de santé humaine et animale (MISHA) est l’observatoire prospectif des métiers et qualifications de la branche. Il a pour mission d’analyser les évolutions de l’emploi, des compétences et des formations pour aider les entreprises, les salariés et les partenaires sociaux à anticiper les transformations, dans une logique One Health. L’étude présentée ici a été réalisée par le cabinet Arthur Hunt Consulting pour le compte de l’Observatoire.

    Cet article est le premier d’une série de huit consacrés aux résultats de l’étude MISHA sur l’évolution des métiers dans les industries de santé humaine et animale.

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    À lire aussi dans cette série

    Source : Étude des évolutions métiers au sein des industries de santé humaine et animale, Observatoire MISHA / Arthur Hunt Consulting, 2025.

  • Pour aller plus loin

    Cet article s’appuie sur l’étude des évolutions métiers au sein des industries de santé humaine et animale (Observatoire MISHA / Arthur Hunt Consulting, 2025), téléchargeable en PDF. Retrouvez la synthèse de la série dans l’article pilier.

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